Affirmations stoïciennes
Affirmations du matin, dans les mots des stoïciens
Les stoïciens n’ont pas laissé d’affirmations du matin, mais Marc Aurèle ouvre deux livres des Pensées sur le réveil : au livre II il s’attend à croiser un fâcheux et un ingrat, au livre V il quitte ses couvertures pour « faire œuvre d’homme ». Sénèque, dans la lettre 12, règle chaque journée comme si elle fermait la marche de la vie.
Dans les textes
Marc Aurèle · Pensées, II, 1
Se dire à soi-même, dès le matin : je vais me rencontrer avec un fâcheux, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste. Ils ont tous ces vices par suite de leur ignorance du bien et du mal.
Marc Aurèle · Pensées, V, 1
Le matin, quand tu as de la peine à te réveiller, aie cette pensée présente à l’esprit : je m’éveille pour faire œuvre d’homme ; m’irriterai-je encore à l’idée d’aller faire ce pour quoi je suis né, et pour quoi j’ai été mis dans le monde ?
Sénèque · Lettre 12
Disposons donc chacune de nos journées comme si elle fermait la marche, comme si elle achevait et complétait notre vie.
Sénèque · Lettre 12
On jouit pleinement et avec sécurité de soi-même, quand on attend le lendemain sans inquiétude.
Le chapitre 1 du livre V, dans l’édition Couat (1904), est un dialogue de l’empereur avec lui-même, à l’heure où il a de la peine à se lever. Une voix objecte qu’il est plus agréable de rester couché ; l’autre répond par les plantes, les petits oiseaux, les fourmis, les araignées et les abeilles, qui font chacun leur travail. On objecte encore qu’il faut se reposer ; la réponse est que la nature a fixé la mesure du repos comme celle du boire et du manger. Le passage finit sur un diagnostic inattendu : celui qui reste en deçà de ses forces ne s’aime pas lui-même, sinon il aimerait aussi sa nature (Vivre selon la nature). Voir le livre V.
Le livre II commence plus tôt, avant toute rencontre. Marc Aurèle dresse la liste de ceux qu’il va voir dans la journée : un fâcheux, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste. La liste ne sert pas à s’assombrir ; elle sert à juger d’avance. Ces hommes pèchent par ignorance du bien et du mal, ils ont avec lui « la même origine », et aucun d’eux ne pourra le déshonorer. Il ne peut donc ni s’irriter contre eux ni s’en éloigner, puisque les hommes sont nés pour agir ensemble « comme les pieds, les mains, les paupières » (Sympatheia). Voir le livre II.
La lettre 12 de Sénèque, traduite par Baillard (1861), part d’une visite à sa maison de campagne. Les murs qu’il a fait bâtir tombent en poudre, les platanes qu’il a plantés n’ont plus de feuilles, et le vieillard assis à sa porte se révèle être Felicio, l’enfant à qui il apportait des jouets. De ce constat de vieillesse il tire une règle pour chaque jour : la mort ne nous appelle point par rang d’âge, et la journée se dispose comme si elle achevait la vie (Memento mori). Voir la lettre 12.
Aucun de ces textes ne fixe une phrase à répéter au réveil. Ce sont des raisonnements que l’auteur se tient à lui-même, avec leurs objections, et ils partent de ce que la journée contiendra vraisemblablement, non de ce qu’on souhaite qu’elle contienne.
Pourquoi ce n’est pas une affirmation positive
Une affirmation du matin annonce d’ordinaire une bonne journée. Le livre II des Pensées annonce l’inverse, des ingrats, des fourbes, des envieux, et prépare un jugement sur eux plutôt qu’une humeur. Le livre V ne promet pas davantage que le lever sera facile : il part de la peine qu’on a à se réveiller et répond aux objections une à une.
Chez Sénèque, la journée est réglée comme la dernière, ce qui est le contraire d’une promesse faite au lendemain.
Termes du glossaire
- Sympatheia — συμπάθεια (sympatheia)
- Vivre selon la nature — ὁμολογουμένως τῇ φύσει ζῆν (homologoumenōs tēi physei zēn) / secundum naturam vivere (latin)
- Memento mori — memento mori (latin)
Dans Stoïque, le thème de vie « Habitude » ouvre les passages sur ce sujet, chacun avec sa référence. Le thème fait partie de Stoïque+.