Affirmations stoïciennes
Affirmations stoïciennes de confiance en soi, dans les mots des stoïciens
La confiance en soi, chez les stoïciens, se gagne à l’épreuve : Sénèque écrit qu’on ne peut se fier fermement à ses forces sans avoir vu mille difficultés surgir de toutes parts. Épictète et Marc Aurèle y ajoutent une condition, cesser de régler sa conduite sur ce que les autres pensent.
Dans les textes
Sénèque · Lettre 13
Et qui peut jamais se fier fermement aux siennes, s’il n’a vu mille difficultés surgir de toutes parts et quelquefois le serrer de près ?
Épictète · Manuel, XXIII
Si par hasard il t’arrive de te tourner vers les choses du dehors dans le but de plaire à quelqu’un, sache que tu manques ton entreprise.
Épictète · Manuel, XX
Rappelle-toi que ce n’est point celui qui t’injurie ou te frappe qui t’outrage ; mais c’est l’opinion que tu as d’eux, qu’ils t’outragent.
Marc Aurèle · Pensées, III, 4
Ne consume pas le temps qui te reste à vivre en des idées qui concernent les autres, sans que tu puisses les rapporter à l’utilité générale.
La lettre 13 de Sénèque, dans la traduction de Baillard (1861), s’ouvre sur un compliment fait à Lucilius : il était sûr de lui en face de la Fortune avant même d’avoir reçu les préceptes, et plus sûr encore après s’être mesuré avec elle. Sénèque en tire une règle générale à l’aide d’une image de pugilat. L’athlète qui n’a jamais reçu de contusions n’apporte pas au combat l’ardeur nécessaire ; celui qui a vu couler son sang, senti ses dents craquer sous le ceste, et s’est relevé à chaque chute, descend dans l’arène « plein d’espoir ». La confiance est l’effet d’une expérience, non sa condition. Voir la lettre 13.
Épictète, dans le Manuel traduit par Guyau (1875), prend la question par l’autre bout : d’où vient qu’on manque d’assurance. Le chapitre XXIII répond que se tourner vers le dehors pour plaire à quelqu’un, c’est manquer son entreprise ; s’il faut paraître philosophe, il suffit de le paraître à ses propres yeux, ce qui est en notre pouvoir. Le chapitre XX, cité plus haut, porte sur l’injure et sur ce qui, en nous, lui donne prise (Citadelle intérieure).
Marc Aurèle, au livre III des Pensées (édition Couat, 1904), compte le temps perdu à se demander ce que fait un tel, ce qu’il dit, ce qu’il pense, ce qu’il prépare. Ces idées, écrit-il, détournent de veiller sur le principe qui nous dirige (Hegemonikon). Il propose un critère : n’avoir dans l’esprit que des pensées qu’on pourrait avouer sur-le-champ si quelqu’un demandait « À quoi pensez-vous ? ». Voir le livre III.
Pourquoi ce n’est pas une affirmation positive
Une affirmation de confiance en soi énonce une assurance qu’on n’a pas encore, dans l’espoir qu’elle suive. Sénèque décrit l’ordre inverse : l’assurance vient après les coups, à l’athlète qui s’est relevé. Épictète et Marc Aurèle n’ajoutent aucun encouragement ; ils retirent un appui, l’approbation des autres, et laissent l’homme à ce qui dépend de lui (Prohairesis).
Termes du glossaire
- Citadelle intérieure — ἀκρόπολις (akropolis)
- Hegemonikon — ἡγεμονικόν (hēgemonikon)
- Prohairesis — προαίρεσις (prohairesis)
Dans Stoïque, le thème de vie « Peur du jugement » ouvre les passages sur ce sujet, chacun avec sa référence. Le thème fait partie de Stoïque+.