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Stoïque

Pensées · Livre III

Pensées, III, 4

Chapitre 4 du livre III des Pensées. D’abord le passage tel que Stoïque le donne, modernisé d’après les éditions créditées sous la carte ; puis le chapitre entier, mot pour mot, dans l’édition Couat, 1904 et dans celle de Barthélemy-Saint-Hilaire, 1876 ; enfin le même chapitre en anglais.

Le passage dans l’app

Ne consume pas ce qui te reste de vie à penser aux autres, si tu ne peux le rapporter à l’utilité générale.

— MARC AURÈLE · PENSÉES, III, 4

D’après Couat, 1904 — modernisé.

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PenséesIII·4

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Le chapitre entier dans l’édition Couat, 1904

Ne consume pas le temps qui te reste à vivre en des idées qui concernent les autres, sans que tu puisses les rapporter à l’utilité générale. Tu as autre chose à faire et tu t’en prives en te préoccupant de ce que fait un tel, et pourquoi, et de ce qu’il dit, et de ce qu’il pense, et de ce qu’il prépare, et de tout ce qui ne sert qu’à nous étourdir en nous détournant de veiller sur le principe qui nous dirige. Il faut, dans l’enchaînement de tes représentations, éviter le caprice, la frivolité et surtout l’indiscrétion et la méchanceté ; il faut t’habituer à n’avoir dans l’esprit que des représentations telles que si l’on te demandait soudain : « À quoi pensez-vous ? » tu puisses immédiatement répondre avec franchise : « À ceci ou à cela. » Ainsi l’on verrait clairement que tout en toi est simplicité, bienveillance, que tout y porte la marque d’un être sociable, éloigné des plaisirs ou même simplement des représentations mensongères de la volupté, de la jalousie, de l’envie, du soupçon et de tout ce dont on rougirait de dire qu’on y pensait. Un homme d’un tel caractère, qui s’applique sans délai à être vertueux, est comme un prêtre et un ministre des Dieux ; il écoute le génie qui habite en lui-même et qui préserve l’homme de la souillure du plaisir, de la blessure des douleurs, du contact de toute insolence, du sentiment de toute méchanceté ; qui fait de lui l’athlète de la lutte la plus glorieuse, celle dont l’objet est d’être invulnérable aux passions, parce qu’il s’est profondément imbu de justice et que de toute son âme il accueille tout ce qui lui arrive et toute part qui lui est faite. Ce génie l’empêche enfin de s’occuper à tout propos, et sans nécessité pressante et d’intérêt général, de ce qu’un autre peut dire, faire ou penser. Il n’accomplit d’autre action que celle qui lui est propre, et sans cesse médite sur le rôle qui lui est tracé dans la trame de l’univers ; cette action, il la donne belle, et il est persuadé que ce rôle est bon. En effet, la destinée impartie à chacun est influencée par l’ensemble des choses et influe à son tour sur elles. Il se rappelle que tous les êtres raisonnables sont unis par un lien de parenté et que, s’il est dans la nature humaine de s’intéresser aux hommes, il ne faut pas cependant s’attacher à l’opinion de tout le monde, mais seulement à l’opinion de ceux qui vivent conformément à la nature. Quant à ceux qui ne vivent pas ainsi, il n’oublie jamais ce qu’ils sont chez eux et au dehors, pendant la nuit et pendant le jour, ce qu’ils valent et dans quelle compagnie ils se souillent. Il ne tient donc aucun compte des louanges de tels hommes qui ne réussissent même pas à être contents d’eux-mêmes.

Auguste Couat, 1904 · III, 4

Source : Wikisource · corpus/sources/fr/marcus-aurelius-pensees-couat-1904/livre-03.txt, l. 15

Le chapitre entier dans l’édition Barthélemy-Saint-Hilaire, 1876

Ne consume pas le peu qui te reste de vie en des pensées qui ne concernent que les autres, à moins que ce que tu fais ne se rapporte à l’intérêt commun ; car alors tu manques à un autre devoir, quand tu penses, par exemple, à ce que fait telle personne et aux motifs qu’elle peut avoir ; quand tu penses à ce qu’elle dit, à ce qu’elle médite, ou à ce qu’elle entreprend, et que tu te laisses aller à tant d’autres détails qui te détournent de cultiver le principe directeur que tu portes en toi. Ainsi donc, tu dois éviter, dans l’enchaînement successif de tes pensées, tout ce qui est désordonné, tout ce qui est sans but, à plus forte raison encore tout ce qui est inutile et immoral. L’habitude qu’il faut prendre, c’est de ne penser jamais qu’à des choses telles que si l’on te demandait tout à coup : « À quoi penses-tu ? », tu pusses immédiatement répondre en toute franchise : « Voici à quoi je pense. » Il faut qu’on voie à l’instant même, sans l’ombre d’un doute, que tous tes sentiments sont droits et bienveillants, comme il convient à un être destiné à vivre en société, qui ne songe point aux plaisirs et aux illusions de la jouissance, à quelque rivalité, à quelque vengeance, à quelque soupçon ; en un mot, qui ne songe à aucune de ces pensées dont on rougirait de faire l’aveu, s’il fallait convenir qu’on les a dans le cœur. Quand l’homme a pratiqué cette règle, sans rien négliger désormais pour compter entre tout ce qu’il y a de mieux au monde, il devient, on peut dire, le ministre et l’agent des Dieux, en s’appuyant sur le principe inébranlable qu’il porte au dedans de lui, et qui met l’homme à l’abri des souillures de la volupté, qui le rend invulnérable à toute souffrance, insensible à tout outrage, inaccessible à toute perversité, qui en fait l’athlète de la plus noble des luttes, de la lutte où l’on est vainqueur de toute passion, qui trempe l’homme profondément dans la justice, qui le dispose à aimer de toutes les forces de son âme tout ce qui lui arrive et lui échoit en partage, à ne s’occuper que bien rarement, et jamais sans une nécessité pressante d’intérêt commun, de ce que dit un autre, de ce qu’il fait et de ce qu’il pense. Les seules affaires, en effet, dont il s’occupe, ce sont les siennes ; il réfléchit perpétuellement à la part qui lui a été faite dans le vaste écheveau de l’univers, y trouvant des choses excellentes, et croyant d’une foi absolue que celles qu’il ne connaît pas doivent être non moins bonnes ; car la part dévolue à chacun de nous, si elle est enveloppée dans l’ensemble des choses, en enveloppe aussi un bien grand nombre. Puis, il se souvient que, si tous les êtres doués de raison ne forment qu’une seule famille, et s’il est conforme à la vraie nature de l’homme d’aimer tous les hommes en général, il ne faut pas, quant au jugement qui est à porter sur les choses, tenir compte de celui de tous les hommes sans exception ; mais il faut regarder uniquement à l’opinion de ceux qui savent vivre conformément à la nature. Pour tous ceux qui ne vivent point de cette manière-là, on n’a qu’à voir ce qu’ils sont dans leur intérieur ou hors de chez eux, ce qu’ils sont le jour et la nuit, et ce que sont les sociétés dégradées qu’ils fréquentent. On n’a donc pas à faire le moindre état de la louange de pareilles gens, qui ne savent pas même se plaire à leurs propres yeux.

Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, 1876 · III, 4

Source : Wikisource · corpus/sources/fr/marcus-aurelius-pensees-barthelemy-1876/livre-03.txt, l. 15

En anglais

Do not waste the remainder of thy life in thoughts about others, when thou dost not refer thy thoughts to some object of common utility. For thou losest the opportunity of doing something else when thou hast such thoughts as these,—What is such a person doing, and why, and what is he saying, and what is he thinking of, and what is he contriving, and whatever else of the kind makes us wander away from the observation of our own ruling power. We ought then to check in the series of our thoughts everything that is without a purpose and useless, but most of all the over-curious feeling and the malignant; and a man should use himself to think of those things only about which if one should suddenly ask, What hast thou now in thy thoughts? with perfect openness thou mightest immediately answer, This or That; so that from thy words it should be plain that everything in thee is simple and benevolent, and such as befits a social animal, and one that cares not for thoughts about pleasure or sensual enjoyments at all, nor has any rivalry or envy and suspicion, or anything else for which thou wouldst blush if thou shouldst say that thou hadst it in thy mind. For the man who is such, and no longer delays being among the number of the best, is like a priest and minister of the gods, using too the deity which is planted within him, which makes the man uncontaminated by pleasure, unharmed by any pain, untouched by any insult, feeling no wrong, a fighter in the noblest fight, one who cannot be overpowered by any passion, dyed deep with justice, accepting with all his soul everything which happens and is assigned to him as his portion; and not often, nor yet without great necessity and for the general interest, imagining what another says, or does, or thinks. For it is only what belongs to himself that he makes the matter for his activity; and he constantly thinks of that which is allotted to himself out of the sum total of things, and he makes his own acts fair, and he is persuaded that his own portion is good. For the lot which is assigned to each man is carried along with him and carries him along with it.+ And he remembers also that every rational animal is his kinsman, and that to care for all men is according to man's nature; and a man should hold on to the opinion not of all, but of those only who confessedly live according to nature. But as to those who live not so, he always bears in mind what kind of men they are both at home and from home, both by night and by day, and what they are, and with what men they live an impure life. Accordingly, he does not value at all the praise which comes from such men, since they are not even satisfied with themselves.

George Long, 1862 · III, 4

Source : Project Gutenberg · corpus/sources/marcus-aurelius-meditations-long-1862.txt, l. 2785

Comment citer

La référence canonique nomme le livre et le chapitre : le passage se retrouve dans n’importe quelle édition. L’app la compose sous trois formes :

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— MARC AURÈLE · PENSÉES, III, 4
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— PENSÉES III, 4
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III·4

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