Affirmations stoïciennes
Affirmations stoïciennes sur le deuil, dans les mots des stoïciens
Sénèque admet les larmes devant la mort d’un proche, à condition qu’elles aient une mesure, et avoue avoir lui-même pleuré sans mesure son ami Annæus Sérénus. Marc Aurèle, au livre IX, propose de demander aux dieux non d’écarter la perte, mais de n’éprouver à son sujet ni crainte, ni désir, ni chagrin.
Dans les textes
Sénèque · Lettre 63
Pour nous, on peut nous excuser de nous laisser aller aux larmes, si elles ne coulent pas avec excès, et si nous-mêmes savons les arrêter.
Sénèque · Lettre 63
Voilà ce que j’ose t’écrire, moi qui ai pleuré si immodérément mon cher Annæus Sérénus qu’à mon grand déplaisir je suis un exemple de ceux que la douleur a vaincus.
Sénèque · Consolation à Marcia, VII
L’absence, et à plus forte raison la mort de qui nous est cher, est nécessairement douloureuse et serre le cœur des plus résolus.
Marc Aurèle · Pensées, IX, 40
S’ils peuvent quelque chose, au lieu de leur demander d’écarter de toi ceci ou cela, ou de te le procurer, pourquoi ne les pries-tu pas plutôt de faire que tu n’éprouves ni crainte, ni désir, ni chagrin, à propos de ceci ou de cela ?
La lettre 63, dans la traduction de Baillard (1861), est adressée à Lucilius, qui vient de perdre son ami Flaccus. Sénèque ne lui demande pas l’insensibilité : il la réserve à l’homme placé fort au-dessus de la Fortune, et encore celui-ci éprouverait-il un commencement d’émotion. Il rappelle que le prince des poètes grecs accorde un jour de larmes, et que Niobé elle-même songea à manger. Ce qu’il blâme, ce sont les pleurs qu’on affiche : on ne cède pas à son affliction, écrit-il, on en fait parade.
La fin de la lettre change de ton. Sénèque y fait son propre examen : il a pleuré Annæus Sérénus au point de se compter parmi ceux que la douleur a vaincus, et il en donne la cause. Sérénus était plus jeune que lui ; il n’avait jamais pensé qu’il pût mourir le premier, comme si le Destin suivait l’ordre des âges (Memento mori). Il n’y avait pas songé, il n’était pas prêt (Premeditatio malorum). Voir la lettre 63.
La Consolation à Marcia reprend la question pour une mère qui a perdu son fils. Au chapitre VII, Sénèque accorde le point : l’absence, et plus encore la mort d’un être cher, serre le cœur des plus résolus. Il sépare ensuite ce qui vient de la nature et ce que le préjugé y ajoute. Les bêtes crient, cherchent leurs petits, puis se calment ; l’homme seul entretient sa douleur selon le parti qu’il a pris de s’affliger. Voir Consolation à Marcia.
Marc Aurèle, au livre IX des Pensées (Couat, 1904), n’écrit pas sur le deuil lui-même mais sur la prière. Si les dieux peuvent quelque chose, demande-t-il, pourquoi les prier d’écarter ou d’accorder telle chose plutôt que de faire qu’on n’en éprouve ni crainte, ni désir, ni chagrin ? Le chapitre se termine par des prières ainsi retournées ; l’une porte sur un enfant, où l’on demande non de ne pas le perdre, mais de ne pas craindre de le perdre (Apatheia). Voir Pensées, IX, 40.
Pourquoi ce n’est pas une affirmation positive
Une affirmation de deuil cherche d’ordinaire l’apaisement : la personne perdue veille sur nous, la douleur passera. Les textes ne consolent pas de cette façon. Sénèque reconnaît la douleur, la borne et l’examine, jusqu’à confesser sa propre défaite devant elle ; Marc Aurèle déplace la demande, de l’événement vers la manière de le recevoir.
Aucun des deux ne promet que le chagrin cessera. Ils distinguent, dans le chagrin, ce qui vient de la nature et ce que le préjugé y ajoute, et ne font porter l’effort que sur la seconde part.
Termes du glossaire
- Memento mori — memento mori (latin)
- Premeditatio malorum — praemeditatio malorum (latin)
- Apatheia — ἀπάθεια (apatheia)
Dans Stoïque, le thème de vie « Deuil » ouvre les passages sur ce sujet, chacun avec sa référence. Le thème fait partie de Stoïque+.