Affirmations stoïciennes
Affirmations stoïciennes contre l’angoisse, dans les mots des stoïciens
Sénèque consacre la lettre 13 à cette question : nos angoisses sont, selon lui, « ou excessives, ou chimériques, ou prématurées », et la plupart naissent d’un avenir qui n’est pas encore là. Marc Aurèle ramène le poids à porter au seul présent, qu’il juge petit dès qu’on le mesure.
Dans les textes
Sénèque · Lettre 13
Il y a, ô Lucilius, plus de choses qui font peur qu’il n’y en a qui font mal, et nos peines sont plus souvent d’opinion que de réalité.
Sénèque · Lettre 13
Nos angoisses parfois vont plus loin, parfois viennent plus tôt qu’elles ne doivent ; souvent elles naissent d’où elles ne devraient jamais naître.
Sénèque · Lettre 13
Dût-il même arriver, à quoi bon courir au-devant du chagrin ? il se fera sentir assez tôt quand il sera venu : d’ici là promets-toi meilleure chance.
Marc Aurèle · Pensées, VIII, 36
Rappelle-toi ensuite que ni l’avenir ni le passé ne pèsent sur toi, mais seulement le présent.
La lettre 13 de Sénèque à Lucilius, dans la traduction de Baillard (1861), porte dans cette édition le sommaire « Ne pas trop craindre l’avenir ». Sénèque y classe les craintes : certaines vont plus loin qu’elles ne doivent, d’autres viennent plus tôt, d’autres encore naissent sans motif. Il laisse la première catégorie, qu’il dit controversée, et s’occupe des deux autres. Il prévient qu’il parle là « le langage non des stoïciens, mais de l’autre école, moins hardie » : ce sont des remèdes modestes, offerts à un homme qu’il sait courageux.
Sa méthode tient à une question de calendrier. Le présent, écrit-il, est facile à apprécier : si le corps est sain et l’âme sans disgrâce, il n’y a rien à faire pour aujourd’hui. Reste l’avenir. Là, il réclame d’abord des signes certains, car de simples soupçons suffisent à nous abattre, comme ces soldats que la poussière soulevée par un troupeau en fuite chasse de leur camp. Un mal vraisemblable n’est pas un mal certain ; s’il doit venir, il sera senti bien assez tôt, et d’ici là l’incendie peut ouvrir une issue, le condamné survivre à son bourreau.
Le jugement, ajoute Sénèque, se fait sur ce qu’on sent, non sur les condoléances des officieux qui vous démontrent que vous êtes malheureux. Voir la lettre 13.
Marc Aurèle, au livre VIII des Pensées (édition Couat, 1904), procède autrement. Il refuse de se représenter l’ensemble de sa vie et le nombre des peines qui l’attendent. À propos de chaque événement présent, il se demande ce qu’il y a là d’insupportable, et prévoit qu’on rougira de répondre. Le présent, poursuit-il, se rapetisse si on le réduit à sa vraie mesure (Prosoche). Voir le livre VIII.
Pourquoi ce n’est pas une affirmation positive
Une affirmation contre l’angoisse cherche à remplacer une pensée inquiète par une pensée rassurante. Sénèque fait autre chose : il examine si la crainte a des signes certains, si le mal est présent ou seulement possible, et ce qu’on gagne à ne pas souffrir d’avance, « du temps », écrit-il. Ce n’est pas le contraire de la préméditation des maux : celle-ci regarde l’épreuve en face pour n’être pas surpris, Sénèque refuse seulement d’en porter le poids avant l’heure.
Marc Aurèle ne se rassure pas non plus ; il mesure. L’état que visent les deux textes, une âme que rien ne trouble (Ataraxie), s’obtient par un examen et non par une formule.
Termes du glossaire
- Premeditatio malorum — praemeditatio malorum (latin)
- Prosoche — προσοχή (prosochē)
- Ataraxie — ἀταραξία (ataraxia)
Dans Stoïque, le thème de vie « Anxiété » ouvre les passages sur ce sujet, chacun avec sa référence. Le thème est gratuit.