Affirmations stoïciennes
Affirmations stoïciennes sur l’estime de soi, dans les mots des stoïciens
Épictète fait dépendre la valeur d’un homme de ce qui est son œuvre propre, non des dignités ou des invitations qu’il reçoit d’autrui. Marc Aurèle ajoute qu’une chose belle ne devient ni meilleure ni pire parce qu’on la loue.
Dans les textes
Épictète · Manuel, I
Celles qui dépendent de nous, c’est l’opinion, le vouloir, le désir, l’aversion : en un mot tout ce qui est notre œuvre.
Épictète · Manuel, XXIV
Et comment seras-tu un homme de rien ? n’est-ce donc pas seulement dans les choses qui dépendent de toi que tu dois te montrer quelqu’un ? et là, ne peux-tu pas acquérir le plus grand prix ?
Marc Aurèle · Pensées, IV, 19–20
Tout ce qui est beau de quelque façon que ce soit est beau par soi-même d’une beauté propre dans laquelle l’éloge qu’on en fait ne peut entrer comme une partie. Un objet ne devient donc ni meilleur ni pire par le fait d’être loué.
Le chapitre XXIV du Manuel, dans la traduction de Guyau (1875), répond à une crainte précise : celle de vivre « sans honneur, comme un homme de rien ». Épictète demande si obtenir une dignité ou être reçu dans un banquet est notre fait. La réponse est non ; ce déshonneur n’en est donc pas un, et c’est seulement dans ce qui dépend de soi qu’on peut se montrer quelqu’un. L’intitulé du chapitre, dans cette édition, en tire la conséquence : s’attacher à ce qui dépend de nous, c’est être vraiment utile à soi-même et aux autres, à ses amis, à la patrie.
Ce raisonnement applique le partage posé dès le chapitre I entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas (Dichotomie du contrôle). L’estime qu’on obtient se range d’un côté, celle qu’on mérite de l’autre.
Marc Aurèle traite la louange en deux temps, au livre IV des Pensées, dans l’édition Couat (1904). Le chapitre 19 vise la gloire posthume : ceux qui se souviendront de nous mourront à leur tour, puis ceux qui les remplaceront, jusqu’à ce que tout souvenir s’éteigne. Le chapitre 20 vise la louange elle-même : ce qui est beau l’est par soi, et l’éloge n’entre pas dans sa beauté comme une partie. L’émeraude ne perd rien à n’être pas louée, ni l’or, ni la pourpre, ni une fleur (Adiaphora). Voir le livre IV.
Aucun des deux auteurs n’invite à se trouver de la valeur. Épictète situe l’endroit où elle peut s’acquérir, le jugement et le choix (Prohairesis) ; Marc Aurèle retire à l’approbation des autres le pouvoir de l’augmenter ou de la diminuer.
Pourquoi ce n’est pas une affirmation positive
Une affirmation d’estime de soi pose une valeur, « je vaux beaucoup », et compte sur la répétition pour l’installer. Le Manuel ne pose aucune valeur d’avance : il dit où l’on peut en acquérir, et le terrain est étroit, celui de ses propres jugements. Le raisonnement de Marc Aurèle sur l’émeraude vaut, logiquement, pour l’éloge qu’on se décerne à soi-même : il n’ajoute rien non plus.
Termes du glossaire
- Dichotomie du contrôle — τὰ ἐφ’ ἡμῖν / τὰ οὐκ ἐφ’ ἡμῖν (ta eph’ hēmin, ta ouk eph’ hēmin)
- Prohairesis — προαίρεσις (prohairesis)
- Adiaphora — ἀδιάφορα (adiaphora)
Dans Stoïque, le thème de vie « Lâcher prise » ouvre les passages sur ce sujet, chacun avec sa référence. Le thème fait partie de Stoïque+.