Glossaire
Dichotomie du contrôle
τὰ ἐφ’ ἡμῖν / τὰ οὐκ ἐφ’ ἡμῖν (ta eph’ hēmin, ta ouk eph’ hēmin)
La dichotomie du contrôle désigne la distinction qui ouvre le Manuel d’Épictète : il y a les choses qui dépendent de nous et celles qui n’en dépendent pas. Guyau, en 1875, traduit la première série par « l’opinion, le vouloir, le désir, l’aversion : en un mot tout ce qui est notre œuvre », et la seconde par « le corps, les biens, la réputation, les dignités : en un mot tout ce qui n’est pas notre œuvre ». L’expression « dichotomie du contrôle » est un calque récent de l’anglais ; le grec dit ce qui est eph’ hēmin, « en notre pouvoir », et la tradition française dit « ce qui dépend de nous ».
Le critère n’est pas l’influence, mais la maîtrise entière. On peut agir sur sa santé ou sa réputation ; on ne peut pas les garantir, elles restent donc « étrangères à nous ». Ce qui nous appartient tient dans le jugement que nous portons, le désir que nous laissons naître, l’acte que nous décidons. Le chapitre I poursuit : les choses qui dépendent de nous sont par nature libres et nul ne peut les empêcher ; les autres sont impuissantes, esclaves et sujettes à empêchement.
Marc Aurèle applique la même ligne de partage à l’affliction, dans la traduction de Couat (1904) des Pensées, VIII, 47 : ce n’est pas la chose extérieure qui pèse, mais le jugement porté sur elle, et ce jugement peut être effacé sur-le-champ. Chez les stoïciens, la distinction sert d’abord à diagnostiquer d’où vient un trouble, avant de consoler ; elle prépare la place que le Manuel donne ensuite à la faculté de choisir, la prohairesis.
Dans les textes
Épictète · Manuel, I
Celles qui dépendent de nous, c’est l’opinion, le vouloir, le désir, l’aversion : en un mot tout ce qui est notre œuvre.
Marc Aurèle · Pensées, VIII, 47
Quand tu es affligé par une chose extérieure à toi, ce n’est pas cette chose qui le pèse, mais ton jugement sur elle. Or, il t’est possible de l’effacer immédiatement.
Ce que le terme ne veut pas dire
- Ce n’est pas une invitation à l’indifférence. Guyau traduit ce qui ne dépend pas de nous par « étrangères à nous », non par « sans valeur », et l’école gardait une place aux indifférents préférables, comme la santé.
- Ce n’est pas « se concentrer sur ce qu’on peut influencer ». L’influence n’est pas le critère ; c’est la dépendance entière. Le corps, sur lequel on agit chaque jour, figure dans la seconde liste.
- Le mot « contrôle » ne se trouve ni chez Guyau ni chez Couat. Le premier écrit « ce qui dépend de nous », le second « il t’est possible ».
Termes voisins
- Prohairesis — προαίρεσις (prohairesis)
- Ataraxie — ἀταραξία (ataraxia)
- Premeditatio malorum — praemeditatio malorum (latin)
Chaque passage de Stoïque porte sa référence — l’œuvre et son locateur, l’auteur dès que la place le permet — dans l’app comme dans ses widgets, sur l’écran d’accueil et l’écran verrouillé.