Glossaire
Prohairesis
προαίρεσις (prohairesis)
La prohairesis est, chez Épictète, la faculté qui choisit : cette part de la personne qui donne ou refuse son assentiment, désire ou repousse, et qu’aucune contrainte extérieure ne peut forcer. Aucun équivalent français ne s’est imposé. Guyau, en 1875, écrit « le libre arbitre » au chapitre IX du Manuel et « ta volonté » au chapitre XXX ; Courdaveaux, en 1862, dit aussi « libre arbitre » dans les Entretiens ; d’autres disent « le choix » ou « la personne morale ». Le mot grec, formé sur haireô, prendre, désigne un choix préalable, une préférence ; Aristote en fait le choix délibéré, Épictète le siège de ce qui dépend de nous.
Le chapitre IX du Manuel, dans la traduction de Guyau, expose la doctrine par deux exemples : la maladie est pour le corps un obstacle, mais pour le libre arbitre nullement, s’il ne le veut lui-même ; la claudication est un obstacle pour la jambe, non pour le libre arbitre. Et il faut se dire la même chose de tout ce qui arrive : l’obstacle atteint autre chose, non nous-mêmes. Le moi, dans cette lecture, c’est la prohairesis.
Le chapitre XXX l’applique aux devoirs. Devant un père difficile ou un frère injuste, on n’examine pas ce que l’autre fait, mais ce qu’on doit faire pour conformer sa volonté à la nature. Le terme relie ainsi la dichotomie du contrôle à la morale : ce qui dépend de nous n’est pas seulement un domaine à protéger, c’est le lieu où se décide l’action droite, et où l’impassibilité, apatheia, se gagne ou se perd.
Dans les textes
Épictète · Manuel, IX
La maladie est pour le corps un obstacle, mais pour le libre arbitre, nullement, s’il ne le veut lui-même.
Épictète · Manuel, XXX
Non, mais à un père. — Mon frère me fait injustice. — Conserve à son égard ton rang de frère ; et n’examine pas ce qu’il fait, mais ce que tu dois faire pour conformer ta volonté à la nature.
Ce que le terme ne veut pas dire
- Ce n’est pas le « libre arbitre » des débats sur le déterminisme. Épictète ne discute pas la liberté métaphysique, il nomme la faculté dont l’usage dépend de nous.
- Ce n’est pas un synonyme d’« âme » ou d’« esprit ». Le mot vise la part qui choisit ; Guyau lui-même varie ses équivalents d’un chapitre à l’autre.
- Ce n’est pas une traduction fixée. « Libre arbitre », « volonté », « choix », « personne morale » rendent le même mot grec ; une citation doit dire quelle édition elle suit.
Termes voisins
- Dichotomie du contrôle — τὰ ἐφ’ ἡμῖν / τὰ οὐκ ἐφ’ ἡμῖν (ta eph’ hēmin, ta ouk eph’ hēmin)
- Apatheia — ἀπάθεια (apatheia)
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