Affirmations stoïciennes
Affirmations stoïciennes de gratitude, dans les mots des stoïciens
Le premier livre des Pensées est un long acte de reconnaissance : Marc Aurèle y nomme un à un ceux à qui il doit quelque chose et termine par ce qu’il doit aux dieux. Sénèque, dans la lettre 15, reprend d’Épicure une sentence qui fait de l’ingratitude le premier trait de la vie de l’insensé.
Dans les textes
Marc Aurèle · Pensées, I, 17
Voici, enfin, ce que je dois aux Dieux : j’ai eu de bons aïeuls, de bons parents, une bonne sœur, de bons maîtres ; mes familiers, mes parents, mes amis ont presque tous été bons.
Marc Aurèle · Pensées, VI, 48
Quand tu veux te réjouir, réfléchis aux vertus de ceux qui vivent avec toi, à l’activité de celui-ci, à la modestie de celui-là, à la libéralité d’un troisième, à telle autre qualité pour chacun.
Sénèque · Lettre 15
Écoute cette sentence remarquable : « La vie de l’insensé n’est qu’ingratitude, qu’anxiété, qu’élancement vers l’avenir. » – « Qui a dit cela ? »
Sénèque · Lettre 15
Si tu ne veux être ingrat envers les dieux et ta destinée, songe à tant de rivaux que tu as devancés.
Le livre I des Pensées, dans l’édition Couat (1904), ne contient presque pas de doctrine : c’est une liste de dettes. Le chapitre 17, le dernier, en fait le compte devant les dieux. De bons aïeuls, de bons parents, une bonne sœur, de bons maîtres, des familiers et des amis « presque tous » bons ; puis le détail, un frère dont l’exemple l’incitait à se surveiller, un homme qui fut pour lui un maître et un père et lui apprit qu’on peut vivre à la cour sans gardes du corps ni vêtements éclatants, des enfants « ni dépourvus d’intelligence ni contrefaits ». Voir le livre I.
Le livre VI donne un usage à cet inventaire. Quand il veut se réjouir, Marc Aurèle passe en revue les qualités de ceux qui vivent avec lui : l’activité de l’un, la modestie de l’autre, la libéralité d’un troisième. Rien, écrit-il, ne réjouit autant que de voir ces vertus se rencontrer « presque en foule » autour de soi (Sympatheia).
La lettre 15 de Sénèque, traduite par Baillard (1861), commence par les exercices du corps et se termine sur un « présent d’ami » : une sentence sur la vie de l’insensé, faite d’ingratitude, d’anxiété et d’élancement vers l’avenir. À la question « Qui a dit cela ? », Sénèque répond « Le même que ci-devant » : Épicure, dont il cite les maximes à la clôture des lettres précédentes. L’insensé, précise-t-il, ce n’est ni Baba ni Ision, c’est nous, que des désirs aveugles poussent vers ce qui ne nous rassasie jamais. Voir la lettre 15.
La suite de la lettre fait de l’ingratitude un défaut de regard : celui qui compte les hommes placés devant lui oublie ceux qu’il a devancés, et tout ce qu’il a déjà conquis. Être reconnaissant envers les dieux et sa destinée, chez Sénèque, revient à corriger ce décompte (Eudaimonia).
Pourquoi ce n’est pas une affirmation positive
Une affirmation de gratitude se formule souvent en termes généraux : être reconnaissant pour tout ce que l’on a. Le livre I des Pensées procède à l’inverse, par noms et par faits, tel homme, telle leçon, telle faute évitée. Sénèque ne réclame pas davantage un sentiment : il signale une erreur de perspective, celle de l’homme tendu vers l’avenir qui oublie ce qu’il possède, et la corrige par un compte.
Termes du glossaire
- Sympatheia — συμπάθεια (sympatheia)
- Kathekon — καθῆκον (kathekon)
- Eudaimonia — εὐδαιμονία (eudaimonia)
Dans Stoïque, le thème de vie « Les autres » ouvre les passages sur ce sujet, chacun avec sa référence. Le thème fait partie de Stoïque+.