Glossaire
Eudaimonia
εὐδαιμονία (eudaimonia)
L’eudaimonia est le mot grec qui désigne la fin de la vie humaine ; on le traduit d’ordinaire par « bonheur ». Toutes les écoles antiques l’emploient, et on le lit aujourd’hui surtout à travers Aristote, qui en fait lui aussi le souverain bien. Le Portique en change le contenu : le bonheur tient dans la seule vertu. Marc Aurèle décompose le mot en Pensées VII, 17, que Couat traduit en 1904 : « Le bonheur c’est d’avoir un bon génie ou un bon principe dirigeant. » Ce génie, précise-t-il en V, 27, est le guide que Zeus a donné à chacun : son intelligence et sa raison.
Sénèque consacre à la question un dialogue entier. De la vie heureuse, adressé à son frère Gallion, part du constat que tous veulent vivre heureux et que peu voient ce qui fait le bonheur. Au chapitre XVI, dans la traduction de Baillard (1861), il conclut que c’est la vertu qui le fait, et dit ce qu’elle commande : ne regarder comme biens ou comme maux que ce qui est l’effet de la vertu ou de la méchanceté. Le dialogue est écrit contre les épicuriens, qui placent le souverain bien dans le plaisir.
Marc Aurèle décrit une telle vie en Pensées, V, 34 : on peut toujours couler une vie heureuse, pourvu que pensées et actions suivent le droit chemin et que l’on fasse consister le bien dans la justice. L’image de l’écoulement appartient à l’école ; des résumés antiques de la doctrine prêtent à Zénon une définition du bonheur comme bon cours de la vie. Chez les stoïciens, l’eudaimonia n’est donc pas un sentiment que l’on poursuit, mais l’état d’une vie réglée par la raison, et le sage est celui en qui cet état est achevé.
Dans les textes
Marc Aurèle · Pensées, VII, 17
Le bonheur c’est d’avoir un bon génie ou un bon principe dirigeant.
Sénèque · De la vie heureuse, XVI
De ne pas regarder comme biens ou comme maux ce qui n’est l’effet ni de la vertu, ni de la méchanceté ; puis, d’être inébranlable à tout mal qui viendrait d’un bien, et de te rendre, en ce qui dépend de toi, l’image de la divinité.
Marc Aurèle · Pensées, V, 34
Tu peux toujours couler une vie heureuse puisque tu peux suivre le droit chemin en le faisant suivre à tes pensées et à tes actions.
Ce que le terme ne veut pas dire
- Ce n’est pas l’eudaimonia d’Aristote. Aristote admet qu’une vie heureuse a aussi besoin de quelques biens extérieurs ; les stoïciens le nient, et De la vie heureuse, XVI, tient que la vertu suffit, et au-delà.
- Ce n’est ni le plaisir ni une humeur agréable. Le dialogue de Sénèque est écrit contre ceux qui mettent le souverain bien dans la volupté ; la sérénité accompagne la vertu, elle n’en est jamais le but.
- « Bonheur » est une traduction, et une traduction large. Couat écrit « bonheur » mais l’explique aussitôt par le « bon génie », et le latin de Sénèque dit vita beata, la vie bienheureuse.
Termes voisins
- Sage stoïcien — ὁ σοφός (ho sophos), lat. sapiens
- Ataraxie — ἀταραξία (ataraxia)
- Apatheia — ἀπάθεια (apatheia)
Chaque passage de Stoïque porte sa référence — l’œuvre et son locateur, l’auteur dès que la place le permet — dans l’app comme dans ses widgets, sur l’écran d’accueil et l’écran verrouillé.