Glossaire
Sage stoïcien
ὁ σοφός (ho sophos), lat. sapiens
Le sage, sophos en grec, sapiens en latin, est l’homme en qui la vertu stoïcienne est achevée. L’école le décrit par des thèses aux allures de paradoxes : seul le sage est libre, seul il est bon, rien de ce qui arrive ne peut lui nuire. Sénèque défend la dernière dans De la constance du sage, traduit par Baillard en 1861 : au chapitre II, jamais le sage ne peut recevoir d’injure ni d’humiliation. Le chapitre VII le démontre en trois temps : ce qui blesse est plus fort que ce qui est blessé ; or la perversité n’a pas plus d’énergie que la vertu ; elle ne peut donc blesser le sage.
Le même chapitre répond à l’objection selon laquelle ce sage ne se trouve nulle part. Ce n’est pas, dit Sénèque, un vain portrait forgé pour honorer la nature humaine ; il est rare peut-être et ne se rencontre que de loin en loin, et Caton pourrait bien dépasser le modèle. Le sage est la mesure d’un progrès, non quelqu’un que le lecteur a rencontré. Épictète le dit à la fin du Manuel, traduit par Guyau en 1875 : Socrate devint parfait en ne s’attachant qu’à la raison, et celui qui n’est pas encore Socrate doit vivre comme quelqu’un qui veut le devenir.
Le sage n’est pas insensible. Dans la lettre 9, Sénèque oppose la position stoïcienne à celle des Mégariques : notre sage est invincible à toutes les disgrâces, mais il n’y est pas insensible ; le leur ne les sent même pas. Il se suffit quant au bonheur de la vie, non quant à la vie elle-même. La vie heureuse que décrivent les textes, l’eudaimonia, est celle du sage ; les autres, au mieux, cheminent vers elle.
Dans les textes
Sénèque · De la constance du sage, VII
En résumé, il est certain que ce qui blesse est plus fort que ce qui est blessé ; or la perversité n’a pas plus d’énergie que la vertu, et partant ne peut blesser le sage.
Sénèque · Lettre 9
Voici en quoi nous différons des Mégariques : notre sage est invincible à toutes les disgrâces, mais il n’y est pas insensible ; le leur ne les sent même pas.
Épictète · Manuel, LI
Et toi, bien que tu ne sois pas encore Socrate, tu dois pourtant vivre comme quelqu’un qui veut le devenir.
Ce que le terme ne veut pas dire
- Le sage n’est pas un homme insensible. La lettre 9 trace la frontière : il sent les disgrâces et les surmonte ; le sage qui ne les sent même pas est celui d’une autre école.
- Le sage n’est l’autoportrait d’aucun auteur stoïcien. Dans De la vie heureuse, XVII, Sénèque déclare qu’il n’est pas un sage, et Épictète propose Socrate, non lui-même, pour modèle ; l’école reconnaît que la figure est rare.
- Invulnérable ne veut pas dire intouché. De la constance du sage, X, admet que la douleur physique, la perte des amis et des enfants, les malheurs de la patrie frappent le sage, sans le terrasser.
Termes voisins
- Eudaimonia — εὐδαιμονία (eudaimonia)
- Apatheia — ἀπάθεια (apatheia)
- Prohairesis — προαίρεσις (prohairesis)
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