Affirmations stoïciennes
Affirmations stoïciennes pour la paix intérieure, dans les mots des stoïciens
Marc Aurèle écrit qu’on ne trouve nulle part de retraite plus calme que dans son âme, et qu’on peut s’y retirer à toute heure, sans campagne ni montagne. Sénèque, dans la lettre 28, compare l’inquiétude qu’on emporte d’un pays à l’autre à une charge mal arrimée sur un navire.
Dans les textes
Marc Aurèle · Pensées, IV, 3
Nulle part l’homme ne trouve une retraite plus calme et plus de repos que dans son âme, surtout celui dont le dedans est tel qu’en se penchant pour y regarder, il retrouve toute sa sérénité ; je veux dire par sérénité l’état d’une âme bien réglée.
Marc Aurèle · Pensées, VII, 28
La nature du principe raisonnable qui nous dirige est de se suffire à soi-même en agissant conformément à la justice, et d’y trouver la tranquillité.
Sénèque · Lettre 28
Le point est de savoir quel tu arriveras, non sur quels bords : et c’est pourquoi notre âme ne doit s’attacher exclusivement à aucun lieu.
Épictète · Manuel, XII
Car il vaut mieux mourir de faim en restant exempt de tristesse et de crainte, que de vivre dans l’abondance, l’âme troublée ; et il vaut mieux que ton esclave soit méchant, que toi malheureux.
Le chapitre 3 du livre IV des Pensées, dans l’édition Couat (1904), part d’un désir commun : chercher des refuges, des campagnes, des plages, des montagnes. Marc Aurèle se l’avoue, puis le juge « peu digne d’un philosophe », puisqu’on peut se retirer en soi-même au moment où on le veut. Il précise ce qu’il entend par la sérénité qu’on y trouve : « l’état d’une âme bien réglée ». La retraite n’est donc pas un lieu vide ; elle suppose un ordre. Le chapitre la meuble de quelques maximes courtes, que l’empereur énumère : les êtres raisonnables sont nés les uns pour les autres, la tolérance est une partie de la justice, l’univers est comme une cité. Voir Pensées, IV, 3 et la citadelle intérieure.
Au livre VII, chapitre 28, la même idée tient en deux phrases. La première est un ordre que Marc Aurèle se donne, se concentrer en lui-même ; la seconde en donne la raison : le principe raisonnable qui nous dirige se suffit quand il agit selon la justice, et c’est là qu’il trouve la tranquillité (Hegemonikon). La paix n’y est pas séparée de l’action juste. Voir Pensées, VII, 28.
Sénèque, dans la lettre 28 traduite par Baillard (1861), répond à Lucilius qui s’étonne que ses voyages ne le soulagent pas. Il le compare à un navire : une charge immobile pèse moins que celle qui roule et fait chavirer le bord où elle porte. Chaque déplacement secoue un malade. Le forum même, le lieu le plus bruyant qui soit, permet de vivre en paix à qui est contraint d’y loger. Voir la lettre 28.
Épictète, au chapitre XII du Manuel (Guyau, 1875), dit ce que coûte la tranquillité : de petites pertes acceptées, l’huile répandue, la piquette volée, l’esclave qui n’entend pas quand on l’appelle. Ce qu’il refuse, c’est que le calme de l’âme soit dans la dépendance de cet esclave (Ataraxie).
Pourquoi ce n’est pas une affirmation positive
Une affirmation de paix intérieure énonce un état : je suis calme. Les textes décrivent une condition, une âme bien réglée et une action conforme à la justice chez Marc Aurèle, un renoncement consenti d’avance aux petites pertes chez Épictète. Le calme n’y est jamais obtenu en se le disant ; il suit de la manière dont on juge ce qui arrive.
Termes du glossaire
- Ataraxie — ἀταραξία (ataraxia)
- Hegemonikon — ἡγεμονικόν (hēgemonikon)
- Citadelle intérieure — ἀκρόπολις (akropolis)
Dans Stoïque, le thème de vie « Calme » ouvre les passages sur ce sujet, chacun avec sa référence. Le thème est gratuit.