Glossaire
Hegemonikon
ἡγεμονικόν (hēgemonikon)
L’hegemonikon est, chez les stoïciens, la partie de l’âme qui commande : celle qui reçoit les représentations, leur donne ou leur refuse son assentiment et met en mouvement les tendances. Couat, en 1904, ne s’en tient pas à un seul mot. Il écrit tantôt « principe directeur », tantôt « principe dirigeant », et en V, 26 il déplie le terme en une périphrase, « la partie de toi-même qui dirige et gouverne ton âme ». Barthélemy-Saint-Hilaire, en 1876, disait en VIII, 48 « le principe qui nous gouverne ».
Marc Aurèle le présente comme un mot d’école. Dans Pensées, V, 11, il se demande ce qui se passe dans cette partie de lui-même qu’on appelle le principe directeur, question à poser à chaque occasion et à laquelle répond une liste d’âmes possibles : celle d’un enfant, d’un tyran, d’une bête sauvage. Dans Pensées, VIII, 48, le principe dirigeant est invincible quand il se replie en lui-même, et le même chapitre fait de l’intelligence libre de passions une acropole. Dans Pensées, XII, 33, tout est dans la manière dont se comporte le principe dirigeant ; le reste n’est que cadavre et fumée.
Épictète emploie le même mot. Dans la traduction de Courdaveaux (1862), au chapitre II, 18 des Entretiens, une convoitise dont un raisonnement a fait sentir le mal cesse, et « votre partie maîtresse est rétablie dans son premier état ». L’hegemonikon est le lieu où passe la ligne de partage stoïcienne : ce qui vient du dehors n’y parvient que sous forme de représentation, et seul son propre jugement en fait un bien ou un mal. Épictète décrit en termes très voisins la faculté de choisir, la prohairesis, et l’apatheia est un état de cette partie de l’âme.
Dans les textes
Marc Aurèle · Pensées, V, 11
Quel est donc l’usage que je fais [aujourd’hui] de mon âme ? Pose-toi cette question à chaque occasion, demande-toi : que se passe-t-il dans cette partie de moi-même qu’on appelle le principe directeur ?
Marc Aurèle · Pensées, VIII, 48
Souviens-toi que le principe dirigeant est invincible quand il se replie en lui-même et se suffit à lui-même ; quand il ne fait pas ce qui lui déplaît, même [si sa résistance est] sans raison.
Marc Aurèle · Pensées, XII, 33
Comment se comporte le principe dirigeant de ton âme ? Tout est là. Le reste, que tu le veuilles ou non, n’est que cadavre et fumée.
Ce que le terme ne veut pas dire
- Ce n’est pas un « moi supérieur » séparé du reste de la personne. C’est la partie de l’âme qui commande, et les mots de Couat, principe directeur, principe dirigeant, désignent une fonction, non un second moi.
- Ce n’est pas la volonté au sens de l’effort. Le principe dirigeant gouverne en jugeant : en VII, 16, il ne se crée à lui-même ni crainte ni désir, et ne prendra pas ce tour par son propre jugement.
- Ce n’est pas seulement la raison de chacun. En IX, 22, Marc Aurèle considère son propre principe dirigeant, celui de l’univers et celui d’un autre homme, et rappelle la parenté qui les unit.
Termes voisins
- Citadelle intérieure — ἀκρόπολις (akropolis)
- Prohairesis — προαίρεσις (prohairesis)
- Apatheia — ἀπάθεια (apatheia)
Chaque passage de Stoïque porte sa référence — l’œuvre et son locateur, l’auteur dès que la place le permet — dans l’app comme dans ses widgets, sur l’écran d’accueil et l’écran verrouillé.