Affirmations stoïciennes
Affirmations stoïciennes sur le lâcher-prise, dans les mots des stoïciens
Le lâcher-prise, chez Épictète, consiste à user de ce qu’on a comme d’une chose étrangère, à la façon dont on use d’une hôtellerie quand on est de passage. Marc Aurèle le ramène à une ligne du livre VIII : « Recevoir sans orgueil, quitter avec détachement. »
Dans les textes
Épictète · Manuel, XI
Tant qu’il te la laisse, uses-en comme d’une chose étrangère, comme usent d’une hôtellerie ceux qui passent.
Épictète · Manuel, XIV
Tu veux être libre : ne désire ou ne fuis rien de ce qui dépend d’autrui ; sinon tu seras nécessairement esclave.
Marc Aurèle · Pensées, VIII, 33
Recevoir sans orgueil, quitter avec détachement.
Sénèque · Lettre 107
Voilà sur quelle loi il faut nous régler : suivons-la, obéissons-lui : quoi qu’il arrive, pensons que cela devait arriver, et renonçons à quereller la nature.
Le chapitre XI du Manuel, dans la traduction de Guyau (1875), porte sur ce qu’on possède et qu’on peut se voir retirer. L’interlocuteur objecte que c’est un méchant qui lui a pris sa terre ; Épictète répond qu’il importe peu par qui celui qui l’avait donnée l’a redemandée. Sa dernière image est la plus concrète : tant qu’on a la chose, on en use comme les voyageurs usent d’une hôtellerie, sans la tenir pour sienne.
Le chapitre XIV pousse le raisonnement jusqu’à la liberté. Vouloir que ses enfants, sa femme et ses amis vivent toujours, c’est vouloir que ce qui ne dépend pas de soi en dépende ; Épictète appelle cela folie. Il définit ensuite le maître : celui qui peut procurer à un autre ce qui lui plaît ou lui ôter ce qui lui déplaît. La conclusion, citée plus haut, en découle (Dichotomie du contrôle).
Marc Aurèle condense la même attitude au livre VIII des Pensées (Couat, 1904), chapitre 33. Les chapitres voisins en donnent le cadre. Le 32 arrange la vie action par action : quand un obstacle extérieur arrête l’une, on s’y plie avec douceur et l’on en engage une autre. Le 34 compare celui qui repousse ce qui lui arrive à une main coupée, gisant loin du corps (Amor fati). Voir Pensées, VIII, 33.
Sénèque, dans la lettre 107 traduite par Baillard (1861), part d’un fait ordinaire : les esclaves de Lucilius l’ont abandonné. Il le replace parmi ce qui arrive à tout homme, l’hiver et ses frimas, l’été et ses chaleurs, la maladie, l’eau et la flamme qui emportent les biens. Il compare celui qui se plaint au mauvais soldat qui suit son général à contre-cœur, puis cite Cléanthe, qu’il traduit en vers à l’exemple de Cicéron. Voir la lettre 107.
Pourquoi ce n’est pas une affirmation positive
Une affirmation de lâcher-prise dit souvent : je laisse aller ce que je ne contrôle pas. Les textes ne laissent rien aller ; ils requalifient. Ce qu’on croyait posséder est déclaré étranger, ce qui arrive est rangé dans l’ordre commun des choses, et il reste à l’homme une action précise, l’usage qu’il fait de ce qu’il a tant qu’il l’a. Le détachement de Marc Aurèle porte sur le moment de quitter ; il n’interdit pas de recevoir.
Termes du glossaire
- Dichotomie du contrôle — τὰ ἐφ’ ἡμῖν / τὰ οὐκ ἐφ’ ἡμῖν (ta eph’ hēmin, ta ouk eph’ hēmin)
- Amor fati — amor fati (latin)
- Adiaphora — ἀδιάφορα (adiaphora)
Dans Stoïque, le thème de vie « Lâcher prise » ouvre les passages sur ce sujet, chacun avec sa référence. Le thème fait partie de Stoïque+.