Glossaire
Adiaphora
ἀδιάφορα (adiaphora)
Les adiaphora sont les choses que les stoïciens disaient indifférentes : ni bonnes ni mauvaises, parce qu’on peut en bien ou en mal user. La vie, la santé, la richesse, le pouvoir, la maladie, la pauvreté, la mort entrent dans cette catégorie. Le grec dit aussi ta mesa, les choses moyennes ; le latin de Cicéron dit indifferentia, celui de Sénèque media. Indifférent ne veut pas dire sans importance : une telle chose ne décide pas de ce qu’un homme vaut moralement.
Marc Aurèle trace la frontière en VI, 32, dans la traduction de Couat (1904) : au corps, tout est indifférent ; à la pensée, tout est indifférent de ce qui n’est pas ses opérations. En Pensées, XI, 16, elle devient la condition d’une vie heureuse : nous en trouvons le pouvoir dans notre âme, pourvu que nous sachions être indifférents aux choses indifférentes, car aucune d’elles ne met en nous l’opinion que nous en avons. Au chapitre XXXII du Manuel, Guyau (1875) fait dire à Épictète qu’une chose qui ne dépend point de nous ne peut être ni un bien ni un mal : on va donc chez le devin sans désir ni aversion.
L’indifférence porte sur la chose, non sur l’usage qu’on en fait. En III, 11, Marc Aurèle s’applique encore à estimer ce que vaut chacune des choses indifférentes : toutes ne se valent pas. Les exposés tardifs de la doctrine, chez Diogène Laërce et Cicéron, distinguent ainsi des indifférents préférables, comme la santé, et des indifférents à rejeter ; ces noms ne figurent pas dans nos éditions. Bien choisir parmi eux relève du kathekon, l’action convenable, et les tenir pour indifférents fonde la dichotomie du contrôle.
Dans les textes
Marc Aurèle · Pensées, VI, 32
À la pensée, tout est indifférent de ce qui n’est pas ses opérations.
Marc Aurèle · Pensées, XI, 16
Nous trouvons dans notre âme le pouvoir de vivre heureux, pourvu que nous sachions être indifférents aux choses indifférentes.
Épictète · Manuel, XXXII
Car, si c’est une des choses qui ne dépendent point de nous, il est de toute nécessité que ce ne soit ni un bien ni un mal.
Ce que le terme ne veut pas dire
- Ce n’est pas l’indifférence au sens courant, le détachement ou la froideur. Le mot dit qu’une chose n’est ni un bien ni un mal, non qu’elle laisse insensible ; Marc Aurèle les estime encore une à une (III, 11).
- Ce n’est pas une liste de renoncements. La santé ou l’aisance ne sont pas des maux non plus ; ce qui peut être bon ou mauvais, c’est l’usage qu’on en fait, non le fait de les posséder.
- Ce n’est pas le sens théologique. Depuis la Réforme, les adiaphora désignent les pratiques religieuses ni ordonnées ni défendues ; le sens stoïcien porte sur la valeur des choses, non sur le culte.
Termes voisins
- Kathekon — καθῆκον (kathekon)
- Dichotomie du contrôle — τὰ ἐφ’ ἡμῖν / τὰ οὐκ ἐφ’ ἡμῖν (ta eph’ hēmin, ta ouk eph’ hēmin)
- Prohairesis — προαίρεσις (prohairesis)
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