Affirmations stoïciennes
Affirmations stoïciennes sur l’amour de soi, dans les mots des stoïciens
Les stoïciens ne parlent pas d’amour de soi au sens des affirmations modernes ; ils parlent de se suffire et de juger soi-même de sa valeur. Sénèque montre le sage qui « se tient compagnie », Marc Aurèle s’étonne qu’on s’aime plus que tout autre en se fiant pourtant davantage au jugement d’autrui, et Épictète place dans le philosophe la source de ce qui lui est utile ou nuisible.
Dans les textes
Sénèque · Lettre 9
Ainsi fait en quelque façon le sage : il se replie en soi, il se tient compagnie.
Marc Aurèle · Pensées, XII, 4
Je me suis souvent demandé avec étonnement pourquoi chacun de nous s’aime plus que tous les autres et attache cependant moins de prix à son propre jugement sur soi-même qu’à celui des autres.
Épictète · Manuel, XLVIII
État et caractère du philosophe : tout ce qui est utile ou nuisible, il l’attend de lui-même.
La phrase la plus proche de l’amour de soi se lit au livre XII des Pensées, chapitre 4, dans l’édition Couat (1904). Marc Aurèle y relève un paradoxe : chacun s’aime plus que tous les autres et fait pourtant moins de cas de son propre jugement sur soi que de celui des autres. Il en donne une épreuve : si un dieu ou un maître sage nous ordonnait de ne rien penser sans aussitôt le dire au dehors, nous ne le supporterions pas un seul jour. Sa conclusion : nous redoutons l’opinion du voisin plus que la nôtre (Hegemonikon).
Le même auteur emploie l’expression au livre V, dans un sens qu’on n’attend pas. À l’homme qui traîne au lit et reste en deçà de ses forces, il répond : « C’est que tu ne t’aimes pas toi-même, sinon tu aimerais aussi ta nature et ce qu’elle t’ordonne. » S’aimer, dans ce passage, c’est faire ce pour quoi l’on est né, non se trouver aimable.
Sénèque, dans la lettre 9 traduite par Baillard (1861), répond à Épicure, qui blâmait ceux pour qui le sage se suffit au point de n’avoir pas besoin d’amis. Le sage se suffit, maintient Sénèque, et désire pourtant des amis, non par intérêt mais par un entraînement de la nature. Privé de tout, jeté dans un cachot ou sur une plage déserte, il fait comme Jupiter dans la dissolution du monde : il se recueille dans ses propres pensées. Le vrai bonheur, ajoute la lettre, ne cherche pas au dehors ses éléments (Sage stoïcien). Voir la lettre 9.
Épictète, dans le Manuel traduit par Guyau (1875), oppose au chapitre XLVIII deux états : l’homme ordinaire attend l’utile et le nuisible des choses du dehors, le philosophe les attend de lui-même. Les signes de progrès qui suivent sont austères : ne louer ni blâmer personne, rire en soi-même de qui vous loue, s’observer comme un convalescent qui craint de troubler un calme encore fragile (Prohairesis).
Pourquoi ce n’est pas une affirmation positive
Une affirmation d’amour de soi consiste à se dire digne d’être aimé et à se le répéter jusqu’à le croire. Les trois textes déplacent la question. Marc Aurèle ne cherche pas à s’aimer davantage : il s’aime déjà plus que les autres, et c’est ce qui l’étonne, puisqu’il se juge pourtant d’après eux. Épictète fait de l’éloge reçu une chose dont on rit en soi-même.
Ce que ces passages décrivent est un jugement sur soi qui ne dépend plus de l’opinion, non un sentiment à entretenir.
Termes du glossaire
- Prohairesis — προαίρεσις (prohairesis)
- Hegemonikon — ἡγεμονικόν (hēgemonikon)
- Sage stoïcien — ὁ σοφός (ho sophos), lat. sapiens
Dans Stoïque, le thème de vie « Peur du jugement » ouvre les passages sur ce sujet, chacun avec sa référence. Le thème fait partie de Stoïque+.