Glossaire
Prosoche
προσοχή (prosochē)
La prosoche, en grec prosochē, est l’attention ; chez Épictète, elle désigne une vigilance tenue sans relâche sur ses propres jugements et ses propres élans. Les Entretiens lui consacrent un chapitre, IV, 12, absent des neuf chapitres traduits par Courdaveaux (1862) sur Wikisource ; le mot, en revanche, traverse le Manuel traduit par Guyau (1875). Au chapitre VII, le passager descendu à terre peut ramasser un coquillage, « mais il faut que tu aies l’attention fixée sur le navire » ; au chapitre XXXIII, dans une compagnie vulgaire, « fixe alors sur toi-même ton attention, de peur de te laisser tomber dans les manières communes ».
L’objet de cette attention est étroit. Dans l’entretien III, 16, Épictète reproche à ses auditeurs de n’avoir « point d’attention » à se demander s’ils usent des représentations conformément à la nature. L’attention porte ainsi sur ce qui dépend de nous au sens de la dichotomie du contrôle : la représentation, le jugement, l’élan. Marc Aurèle rapporte au livre XI, 37 une règle d’Épictète, « conserver toute son attention en ce qui touche les tendances » ; le grec y dit prosektikon, l’attention en éveil.
Marc Aurèle se l’applique aux Pensées, VIII, 22, dans la traduction de Couat (1904) : « Fais attention à l’objet de ta représentation, à ton jugement, à ton action, au sens de tes paroles. » La réflexion suivante, 22 bis chez Couat, conclut : « tu aimes mieux devenir un homme de bien demain que de l’être aujourd’hui ». La même vigilance vaut envers autrui aux Pensées, VI, 53 : « Prends l’habitude d’écouter sans distraction ce que disent les autres ». Faire de la prosoche l’attitude fondamentale du stoïcien est une lecture moderne, celle de Pierre Hadot dans Exercices spirituels et philosophie antique (1981).
Dans les textes
Marc Aurèle · Pensées, VIII, 22
Fais attention à l’objet de ta représentation, à ton jugement, à ton action, au sens de tes paroles.
Épictète · Manuel, XXXIII
Si parfois l’occasion s’en présente, fixe alors sur toi-même ton attention, de peur de te laisser tomber dans les manières communes.
Marc Aurèle · Pensées, XI, 37
Il disait qu’il fallait connaître l’art d’acquiescer [aux représentations sensibles] et conserver toute son attention en ce qui touche les tendances, pour qu’elles fussent accompagnées de réserves, conformes au bien universel et proportionnées à la valeur des objets ; s’abstenir absolument de tout désir et n’avoir jamais d’aversion pour rien de ce qui ne dépend pas de nous.
Ce que le terme ne veut pas dire
- Ce n’est pas la pleine conscience des programmes actuels. Chez Épictète, l’attention porte sur le jugement et l’élan, non sur le souffle ou le corps, et elle s’exerce au milieu de l’action, non à heure fixe.
- Ce n’est pas la concentration sur une tâche. Guyau fixe l’attention « sur le navire » et « sur toi-même », non sur l’ouvrage : ce qu’on surveille, ce sont ses propres principes.
- Le mot prosoche ne se trouve ni chez Guyau ni chez Couat, qui écrivent « attention ». Le grec survit dans le titre d’Entretiens IV, 12 ; son rang de clé de voûte de la pratique stoïcienne vient de Hadot (1981).
Termes voisins
- Clause de réserve — ὑπεξαίρεσις, μεθ’ ὑπεξαιρέσεως (hypexairesis, meth’ hypexaireseōs)
- Prohairesis — προαίρεσις (prohairesis)
- Dichotomie du contrôle — τὰ ἐφ’ ἡμῖν / τὰ οὐκ ἐφ’ ἡμῖν (ta eph’ hēmin, ta ouk eph’ hēmin)
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