Pensées · Livre IX
Pensées, IX, 40
Chapitre 40 du livre IX des Pensées. D’abord le passage tel que Stoïque le donne, modernisé d’après les éditions créditées sous la carte ; puis le chapitre entier, mot pour mot, dans l’édition Couat, 1904 et dans celle de Barthélemy-Saint-Hilaire, 1876 ; enfin le même chapitre en anglais.
Le passage dans l’app
L'un prie : comment me débarrasser de ceci ? Prie plutôt : comment n'avoir pas besoin de m'en débarrasser ? Un autre : si je pouvais ne pas perdre mon enfant ! Prie plutôt : si je pouvais ne pas craindre de le perdre ! En un mot, oriente ainsi tes prières, et observe ce qui arrivera.
— MARC AURÈLE · PENSÉES, IX, 40
D’après Couat, 1904 — modernisé.
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Le chapitre entier dans l’édition Couat, 1904
Ou les Dieux ne peuvent rien, ou ils peuvent quelque chose. S’ils ne peuvent rien, pourquoi les prier ? S’ils peuvent quelque chose, au lieu de leur demander d’écarter de toi ceci ou cela, ou de te le procurer, pourquoi ne les pries-tu pas plutôt de faire que tu n’éprouves ni crainte, ni désir, ni chagrin, à propos de ceci ou de cela ? En effet, s’ils peuvent venir en aide aux hommes, ils le peuvent aussi en ce point. Mais peut-être diras-tu : « Les Dieux m’ont accordé ce pouvoir. » Eh bien, ne vaut-il pas mieux user librement de ce qui est en ton pouvoir que de te porter, en t’abaissant au rôle d’un esclave, vers ce qui ne dépend pas de toi ? Qui t’a dit, d’ailleurs, que les Dieux ne nous aident pas également pour ce qui est en notre pouvoir ? Commence donc par les prier à ce propos, et tu verras. Un tel fait cette prière : Comment pourrais-je posséder cette femme ? Toi, tu feras celle-ci : Comment pourrais-je ne pas désirer posséder cette femme ? Un autre : Comment me débarrasser de ceci ? Et toi : Comment n’avoir pas besoin de m’en débarrasser ? Un autre : Oh ! si je pouvais ne pas perdre mon enfant ! Et toi : Oh ! si je pouvais ne pas craindre de le perdre ! En un mot, dirige dans ce sens tes prières et observe ce qui arrivera.
Source : Wikisource · corpus/sources/fr/marcus-aurelius-pensees-couat-1904/livre-09.txt, l. 165
Le chapitre entier dans l’édition Barthélemy-Saint-Hilaire, 1876
Ou les Dieux sont impuissants, ou ils peuvent quelque chose. S’ils sont sans puissance, pourquoi leur adresser tes prières ? S’ils peuvent quelque chose pour toi, pourquoi ne les pries-tu pas de te donner la force de ne plus craindre rien de tout ce que tu crains, de ne désirer rien de ce que tu désires, de ne t’affliger de rien de ce qui t’afflige, plutôt que de leur demander qu’ils t’accordent cette chose que tu souhaites, ou qu’ils éloignent telle ou telle autre chose de toi ? Car si les Dieux peuvent aider les hommes en agissant avec eux, c’est en cela certainement qu’ils le peuvent. Mais peut-être diras-tu : « Ce sont là des choses dont les Dieux m’ont laissé maître. » Eh bien alors, ne vaut-il pas cent fois mieux te les procurer toi-même, et te servir avec pleine liberté de choses qui ne dépendent que de toi seul, plutôt que de t’agiter avec la bassesse d’un esclave pour des choses qui ne dépendent pas de toi ? Mais qui t’assure que les Dieux ne prennent point une part dans les actions mêmes qui dépendent de nous ? Essaie donc un peu de les prier comme je te le recommande, et tu verras. L’un fait cette prière : « Ô Dieux, faites que je couche avec cette femme ! » Et toi, fais-leur cette prière : « Faites, ô Dieux, que je ne désire pas coucher avec elle. » Un autre prie ainsi : « Faites, ô Dieux, que je sois délivré de ce fléau. » Toi, au contraire, prie-les en disant : « Faites, ô Dieux, que je ne désire pas d’être délivré de ce fléau. » Un troisième s’écriera : « Faites, ô Dieux, que je ne perde pas mon enfant. » Toi, prie-les en leur disant : « Faites, ô Dieux, que je ne craigne pas de le perdre. » C’est en ce sens que tu dois diriger le cours de tes prières, et tu vois ensuite venir les choses.
Source : Wikisource · corpus/sources/fr/marcus-aurelius-pensees-barthelemy-1876/livre-09.txt, l. 169
En anglais
Either the gods have no power or they have power. If, then, they have no power, why dost thou pray to them? But if they have power, why dost thou not pray for them to give thee the faculty of not fearing any of the things which thou fearest, or of not desiring any of the things which thou desirest, or not being pained at anything, rather than pray that any of these things should not happen or happen? for certainly if they can co-operate with men, they can co-operate for these purposes. But perhaps thou wilt say the gods have placed them in thy power. Well, then, is it not better to use what is in thy power like a free man than to desire in a slavish and abject way what is not in thy power? And who has told thee that the gods do not aid us, even in the things which are in our power? Begin, then, to pray for such things, and thou wilt see. One man prays thus: How shall I be able to lie with that woman? Do thou pray thus: How shall I not desire to lie with her? Another prays thus: How shall I be released from this? Pray thou: How shall I not desire to be released? Another thus: How shall I not lose my little son? Thou thus: How shall I not be afraid to lose him? In fine, turn thy prayers this way, and see what comes.
Source : Project Gutenberg · corpus/sources/marcus-aurelius-meditations-long-1862.txt, l. 5784
Comment citer
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- — MARC AURÈLE · PENSÉES, IX, 40
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- — PENSÉES IX, 40
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- IX·40
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