Glossaire
Memento mori
memento mori (latin)
Memento mori, « souviens-toi que tu mourras », est une formule latine dont l’origine est incertaine, reprise ensuite par la piété chrétienne et par les natures mortes à crâne du XVIIe siècle. Les deux mots ne sont pas dans les textes stoïciens, mais l’exercice y est, et Sénèque en est le plus proche. Dans la Lettre 26, il emprunte à Épicure une sentence sur la mort, et conclut, dans la traduction de Baillard (1861), que qui sait mourir ne sait plus être esclave.
Épictète en fait un exercice quotidien. Au chapitre XXI du Manuel (Guyau, 1875), la mort, l’exil et tout ce qui semble terrible doivent être chaque jour devant les yeux, surtout la mort, avec un effet annoncé : on ne pensera plus rien de bas, on ne désirera plus rien avec excès. Le souvenir de la mort sert à régler l’échelle des désirs, non à contempler la corruption du corps.
Marc Aurèle le ramasse en trois phrases en Pensées, IV, 17 (Couat, 1904) : ne pas faire comme si l’on devait vivre dix mille ans ; la nécessité est suspendue au-dessus de nous ; tant qu’on vit et qu’on le peut, être un homme de bien. Ailleurs, la même pensée coupe court à la colère (Pensées, XI, 18) et à la gloriole (Pensées, IV, 3), toujours par le même mouvement : le temps est court, donc l’acte présent compte.
Chez les trois auteurs, la pensée de la mort accompagne l’action. Elle n’est jamais un motif de retrait, jamais présentée comme morbide ; pour Sénèque, celui qui s’y est exercé est par là même libre. Elle est, pour la fin de la vie, le pendant de la méditation des maux, premeditatio malorum, que les mêmes auteurs recommandent pour son cours.
Dans les textes
Épictète · Manuel, XXI
Que la mort, et l’exil, et toutes les choses qui semblent terribles soient chaque jour devant tes yeux, surtout la mort ; et jamais tu ne penseras rien de bas, jamais tu ne désireras rien avec excès.
Marc Aurèle · Pensées, IV, 17
Ne fais pas comme si tu devais vivre dix mille ans. La nécessité est suspendue au dessus de toi ; tant que tu vis, tant que tu le peux encore, sois un homme de bien.
Sénèque · Lettre 26
Qui sait mourir ne sait plus être esclave : il se place au-dessus ou du moins hors de tout pouvoir.
Ce que le terme ne veut pas dire
- Ce n’est pas une formule stoïcienne. Les mots latins ne sont ni chez Sénèque, ni chez Épictète, ni chez Marc Aurèle ; l’exercice, lui, y est, sous d’autres mots.
- Ce n’est pas une pensée morbide. Épictète en donne pour effet la fin des pensées basses et des désirs excessifs, Sénèque la liberté.
- Ce n’est ni une invitation à se hâter ni à se retirer. Marc Aurèle en tire l’exigence d’être un homme de bien maintenant, dans l’acte présent.
Termes voisins
- Premeditatio malorum — praemeditatio malorum (latin)
- Amor fati — amor fati (latin)
- Ataraxie — ἀταραξία (ataraxia)
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