Pensées · Livre V
Pensées, V, 1
Chapitre 1 du livre V des Pensées. D’abord le passage tel que Stoïque le donne, modernisé d’après les éditions créditées sous la carte ; puis le chapitre entier, mot pour mot, dans l’édition Couat, 1904 et dans celle de Barthélemy-Saint-Hilaire, 1876 ; enfin le même chapitre en anglais.
Le passage dans l’app
Le matin, quand tu as de la peine à te réveiller, garde cette pensée présente : je m’éveille pour faire œuvre d’homme. Vais-je m’irriter d’aller faire ce pour quoi je suis né, ce pour quoi j’ai été mis dans le monde ? Ou bien ai-je été créé pour jouir de la chaleur, couché dans mes couvertures ?
— MARC AURÈLE · PENSÉES, V, 1
D’après Couat, 1904 — modernisé.
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Le chapitre entier dans l’édition Couat, 1904
Le matin, quand tu as de la peine à te réveiller, aie cette pensée présente à l’esprit : je m’éveille pour faire œuvre d’homme ; m’irriterai-je encore à l’idée d’aller faire ce pour quoi je suis né, et pour quoi j’ai été mis dans le monde ? ou bien ai-je été créé pour jouir de la chaleur, couché dans mes couvertures ? — Mais c’est plus agréable. — Es-tu donc né pour ce qui est agréable ? Pour tout dire, es-tu un être passif, ou fait pour l’action ? Ne vois-tu pas les plantes, les petits oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles faire leur travail et, à leur manière, contribuer à l’œuvre d’où sort le monde ? Et après cela tu refuses, toi, de faire ce qui est l’œuvre de l’homme ? Tu ne te hâtes pas vers l’action conforme à ta nature ? — Mais il faut aussi se reposer. — D’accord : cependant la nature a déterminé la mesure du repos, comme elle a déterminé celle du boire et du manger. Néanmoins, ne dépasses-tu pas cette mesure, ne vas-tu pas au delà du nécessaire ? Pourquoi dans tes actions n’en est-il plus de même, mais restes tu en deçà de tes forces ? C’est que tu ne t’aimes pas toi-même, sinon tu aimerais aussi ta nature et ce qu’elle t’ordonne. D’autres hommes ont aimé leur métier au point de se consumer au travail, ne prenant le temps ni de se baigner ni de manger ; toi, tu estimes ta nature moins qu’un ciseleur l’art de ciseler, ou un danseur la danse, ou un avare l’argent, ou un sot ambitieux la vaine gloire. Ceux-ci, quand ils sont possédés par leur passion, sacrifient le manger et le dormir au profit de la chose qui les touche ; est-ce que les actions qui ont pour objet le bien de tous te paraissent avoir moins de prix et mériter moins de zèle ?
Source : Wikisource · corpus/sources/fr/marcus-aurelius-pensees-couat-1904/livre-05.txt, l. 3
Le chapitre entier dans l’édition Barthélemy-Saint-Hilaire, 1876
Le matin, quand tu as de la peine à te lever, voici la réflexion que tu dois avoir présente à l’esprit : « Je me lève pour faire mon œuvre d’homme ; je vais remplir les devoirs pour lesquels je suis né et j’ai été envoyé en ce monde. Pourquoi donc faire tant de difficultés ? Ai-je été créé pour rester ainsi chaudement sous des couvertures ? — Mais cela me fait plus de plaisir ! » — Es-tu donc né pour le plaisir uniquement ? N’est-ce pas au contraire pour toujours travailler et toujours agir ? Ne vois-tu pas que les plantes, les oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles concourent, chacune dans leur ordre, à l’ordre universel ? Et toi, tu refuserais d’accomplir tes fonctions d’homme ! Tu ne t’élancerais pas avec ardeur à ce qui est si conforme à ta nature ! — Mais, diras-tu, il faut bien que je me repose. — D’accord ; le repos est nécessaire ; mais la nature a mis aussi des bornes à ce besoin, comme elle en a mis au besoin de manger et de boire. En cela pourtant, tu vas au-delà des bornes, et tu dépasses ce qu’il te faut. Au contraire, quand tu agis, tu n’en fais pas autant ; et tu restes en deçà de ce que tu pourrais faire. Cette négligence tient à ce que tu ne t’aimes pas sérieusement toi-même ; car autrement tu aimerais ta nature. Ceux qui aiment réellement l’art spécial qu’ils cultivent se dessèchent sur les œuvres que cet art leur inspire, oublieux du boire, oublieux du manger. Et toi, tu apprécies ta propre nature moins que le tourneur n’apprécie l’art du tour, moins que le danseur n’apprécie l’art de la danse, moins que l’avare n’apprécie son argent, ou le glorieux, sa vaine gloire ! Quand tous ces gens-là sont à leur ardent labeur, ils songent moins à manger ou à dormir qu’à avancer l’œuvre dont ils s’occupent si passionnément. Et toi, tu trouves les devoirs que la société impose à ses membres moins importants et moins dignes de tes soins !
Source : Wikisource · corpus/sources/fr/marcus-aurelius-pensees-barthelemy-1876/livre-05.txt, l. 3
En anglais
In the morning when thou risest unwillingly, let this thought be present,—I am rising to the work of a human being. Why then am I dissatisfied if I am going to do the things for which I exist and for which I was brought into the world? Or have I been made for this, to lie in the bed-clothes and keep myself warm?—But this is more pleasant.—Dost thou exist then to take thy pleasure, and not at all for action or exertion? Dost thou not see the little plants, the little birds, the ants, the spiders, the bees working together to put in order their several parts of the universe? And art thou unwilling to do the work of a human being, and dost thou not make haste to do that which, is according to thy nature? But it is necessary to take rest also.—It is necessary. However, Nature has fixed bounds to this too: she has fixed bounds to eating and drinking, and yet thou goest beyond these bounds, beyond what is sufficient; yet in thy acts it is not so, but thou stoppest short of what thou canst do. So thou lovest not thyself, for if thou didst, thou wouldst love thy nature and her will. But those who love their several arts exhaust themselves in working at them unwashed and without food; but thou valuest thy own nature less than the turner values the turning art, or the dancer the dancing art, or the lover of money values his money, or the vain-glorious man his little glory. And such men, when they have a violent affection to a thing, choose neither to eat nor to sleep rather than to perfect the things which they care for. But are the acts which concern society more vile in thy eyes and less worthy of thy labor?
Source : Project Gutenberg · corpus/sources/marcus-aurelius-meditations-long-1862.txt, l. 3449
Comment citer
La référence canonique nomme le livre et le chapitre : le passage se retrouve dans n’importe quelle édition. L’app la compose sous trois formes :
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- — MARC AURÈLE · PENSÉES, V, 1
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- — PENSÉES V, 1
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- V·1
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