Glossaire
Vivre selon la nature
ὁμολογουμένως τῇ φύσει ζῆν (homologoumenōs tēi physei zēn) / secundum naturam vivere (latin)
Vivre selon la nature est la formule stoïcienne de la fin, le but auquel chaque action se mesure. Diogène Laërce en attribue la première formulation à Zénon ; Sénèque en fait le programme de l’école : « N’est-il pas vrai que notre but est de vivre selon la nature ? » (Baillard, 1861, Lettre 5). La nature y a deux sens tenus ensemble : celle du tout, monde ordonné et rationnel, et celle de l’homme, dont la part propre est la raison. Vivre selon l’une revient à vivre selon l’autre.
La formule n’appelle pas à la rudesse pour elle-même. Sénèque l’oppose, dans la même lettre, aux philosophes qui affichent une mise repoussante et des mets rebutants : « il est contre la nature de s’imposer des tortures physiques ». Dans la Lettre 16, il emprunte à Épicure le mot « Si tu vis selon la nature, tu ne seras jamais pauvre ; si selon l’opinion, jamais riche », et en tire une épreuve du désir : « Les vœux de la nature ont leurs bornes » ; le désir qui pousse toujours plus loin est hors de la nature.
Marc Aurèle compte la formule parmi ses dettes. Aux Pensées I, 17, dans la traduction de Couat (1904), il dit avoir connu Apollonius, Rusticus et Maximus : « Je me suis fait, en les connaissant, une idée claire et répétée de ce que c’est que vivre conformément à la nature. » S’il y manque encore, c’est par sa propre faute. Les livres suivants en font une règle pour le temps qui reste (Pensées, VII, 56). Le même raisonnement lie la formule à la sympatheia, parenté des parties d’un même tout, et au regard d’en haut, qui considère les affaires humaines depuis l’ordre de ce tout.
Dans les textes
Sénèque · Lettre 5
Or il est contre la nature de s’imposer des tortures physiques, d’avoir horreur de la plus simple toilette, d’affectionner la malpropreté et des mets, non-seulement grossiers, mais qui répugnent au goût et à la vue.
Sénèque · Lettre 16
Tout ce qui a été bien dit par quelque autre est à moi, par exemple ce mot d’Épicure : « Si tu vis selon la nature, tu ne seras jamais pauvre ; si selon l’opinion, jamais riche. »
Marc Aurèle · Pensées, I, 17
Je me suis fait, en les connaissant, une idée claire et répétée de ce que c’est que vivre conformément à la nature
Ce que le terme ne veut pas dire
- La nature n’est pas ici la campagne ni le sauvage intact. Pour les stoïciens, c’est l’ordre rationnel du tout et la nature raisonnable de l’homme ; la lettre 5 l’oppose à une rudesse affichée, non à la ville.
- Toute occurrence de la formule n’est pas stoïcienne. Le mot de la lettre 16, « Si tu vis selon la nature, tu ne seras jamais pauvre », Sénèque le présente comme un mot d’Épicure.
- Ce n’est pas une permission de suivre l’impulsion. L’épreuve de Sénèque dans la lettre 16 est la limite : un désir qui a son point d’arrêt est naturel ; celui qui pousse toujours au-delà est « hors de la nature ».
Termes voisins
- Sympatheia — συμπάθεια (sympatheia)
- Regard d’en haut — ἄνωθεν ἐπιθεωρεῖν (anōthen epitheōrein)
- Amor fati — amor fati (latin)
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