Sénèque · Lettres à Lucilius
Lettre 16
ArgumentUtilité de la philosophie. – La nature et l’opinion.
La seizième lettre pose que nulle vie n’est heureuse, ni même supportable, sans l’étude de la sagesse, et que cette conviction s’enracine par une méditation de chaque jour.
La philosophie n’est pas un art de parade : elle règle la vie et tient le gouvernail, et Épicure ajoute que vivre selon la nature préserve de la pauvreté, vivre selon l’opinion de la richesse.
Dans la lettre
Il est clair pour toi, Lucilius, je le sais, que nul ne peut mener une vie heureuse ou même supportable sans l’étude de la sagesse ; que la première est le fruit d’une sagesse parfaite, la seconde, d’une sagesse seulement ébauchée.
La philosophie n’est point un art d’éblouir le peuple, une science de parade : ce n’est pas dans les mots, c’est dans les choses qu’elle consiste.
Elle n’est point faite pour servir de distraction et tuer le temps, pour ôter au désœuvrement ses dégoûts ; elle forme l’âme, elle la façonne, règle la vie, guide les actions ; montre ce qu’il faut pratiquer ou fuir, siège au gouvernail et dirige à travers les écueils notre course agitée.
Tout ce qui a été bien dit par quelque autre est à moi, par exemple ce mot d’Épicure : « Si tu vis selon la nature, tu ne seras jamais pauvre ; si selon l’opinion, jamais riche. »
Les vœux de la nature ont leurs bornes, ceux que la trompeuse opinion fait naître n’ont pas où s’arrêter ; car point de limites dans le faux.
Couverture
Nos éditions comptent 29 lettres sur 124 dans la traduction de Joseph Baillard (1861) ; 29 lettres ont une page ici, celles que la traduction anglaise de Richard Mott Gummere (1917–1925) contient aussi.
Sénèque et Épictète sont dans Stoïque+ — 2 passages de cette lettre, chacun avec sa référence ; Marc Aurèle est gratuit dans l’app.